Solitude
S'ouvrir aux autres, encore et encore. Il ne faut pas se renfermer sur soi-même apparemment, je pourrais contratier Maman. Et pourtant, vivre seul et loin des autres ne m'a jamais paru si plaisant. J'insiste sur le seul car je suis en réalité loin d'être seul. Je maintiens mes contacts et je reste extrêmement connecté à mes amis et mes proches. C'est une bonne chose, mais cela ne reste que des voix, de l'information, du bruit numérique et ne remplacera jamais une présence. Ce sont des paroles, des attentions, des gestes qui facilitent mon quotidien, et maintiennent mon esprit en liaison avec eux. Cela tient compagnie pendant mes soirées, mais à la fin, quand je reste dans mon lit, seul, encore, je me rends compte de la douleur de l'absence, du manque, de la solitude. Comme on le dit si bien, être et se sentir seul sont des sensations bien différentes.
Réaliser cette distinction par l'expérience est une bonne chose : cela permet de ne se laisser qu'avec soi-même, dans ses pensées, de suivre ses envies avec l'indépendance totale de la vie et de l'aventure. D'apprendre à chérir les moments en son for intérieur. Les promenades, lectures, contemplations. Mais cette réalisation a un coût, elle vibre d'échos en nous, nous ramenant indéniablement au passé, à la comparaison, à la déchirure. S'attabler seul au restaurant est un exercice qui a particulièrement résonné en moi ; je revivais des rendez-vous et n'arrivais pas à me défaire de la vision vide de la chaise en face de moi. Je la fixais comme pour y faire appaître les bords de sa silhouette. Les plats étaient très goûteux, mais voyaient leur saveur amenuisée par l'absence d'autres paires d'yeux.
À présent, je ne sais quoi penser. Le temps passe à autre chose lui, et me laisse dans l'attente et l'expectative. Rien ne garantit mon amélioration de situation, surtout quand elle se dégrade sur d'autres aspects, et pourtant, je dirais que je prends les évènements qui surviennent avec plus de détachement. J'ai l'impression de commencer à comprendre des choses. Néanmoins, mon être lui s'acharne à persévérer dans les mêmes erreurs et je sais que j'y cède. Il y a-t-il vraiment un mal à chercher un brin de compagnie pour tempérer ma vie ? Cela ne remplacera pas ce qui est passé, les souvenirs sont là pour ça. En revanche, le poids des ruptures s'est bien établi dans mon quotidien. Le manque se métamorphose progressivement en solitude. Le désir saura et devra-t-il seulement me tirer de là ?