Reminiscences

Reminiscences

Après la perte du toucher, des silhouettes et des sons, que reste-t-il de nos souvenirs ? Alors que l'intensité de l'existence eût atteint son sommet, que je cherchais à photographier chaque espace entre les secondes, et lorsque finalement je me sentais vivant, rien de tout ça n'est désormais plus. L'impression de maintenir mes souvenirs sous forme d'ectoplasmes s'intensifie, cette impression de ne plus percevoir distinctement les goutelettes des rires aux éclats et les acouphènes des pleurs assourdissants. Tout se mélange et forme de partiels souvenirs : me resservant une nouvelle dose d'amertume à chaque gorgée.

La douleur frappe deux fois ; la première lors du rappel du souvenir, des émotions, de la déchirure avec la réalité du présent, puis la seconde, lorsque l'on réalise enfin que même ces souvenirs sont faillibles et ne représentent qu'un aspect d'une mémoire, qu'une seule facette. Les impressions deviennent plus importantes que les souvenirs eux-mêmes : la chaleur d'une cheminée en hiver, la clarté de la lune une nuit d'été, l'odeur enivrante d'un parfum... Ce sont des réminiscences, des couleurs qui nous boulversent et pourtant demeurent indescriptibles dans leur déferlement.